Jouer, c’est quoi ?

L’essence du jeu : liberté et plaisir

Sauter un obstacle, se passer une balle, se prendre pour un cow-boy, se fabriquer un avion, défier son copain aux dames, autant de jeux que de désirs…

L’essence d’une situation de jeu réside dans sa liberté : on choisit d’entrer en jeu et l’on accepte alors les règles qui y sont associées. On en sort quand on le souhaite… « Construire un château fort. Travail d’esclave ou jeu merveilleux, tout est dans la manière ». Fernand Deligny

les jeux ludomonde

Le jeu et l’individu:

A quoi jouer et pourquoi ?

Très tôt dans son enfance, le bébé expérimente le jeu : il va répéter des actions simples, produire des effets répétitifs, et par-là même commencer à maîtriser le monde. Le plaisir ludique est né ! Son développement va être le fruit d’expériences répétées de découverte de son environnement. L’enfant va, jusqu’à 1 an et demi/-2 ans, se concentrer sur ses sens et sa motricité; il faudra donc lui proposer toute une gamme de jeux d’éveil sensoriel, de manipulation, et lui permettre de mettre en mouvement la totalité de son corps.

Vers 1 an et demi/- 2 ans, l’enfant entre progressivement dans la symbolisation et le langage, il imite de plus en plus les adultes et va commencer à donner vie aux objets. L’enfant a besoin de jouer des rôles, de faire des mises en scènes : il se crée ainsi des bulles sécurisantes dans lesquelles il rejoue symboliquement certains moments difficiles de sa vie passée. Les costumes et figurines vont ainsi devenir des supports importants pendant de nombreuses années, et vont permettre aux enfants de mieux s’harmoniser avec une réalité parfois difficile. Les supports ludiques comme le dessin, la peinture ou la pâte à modeler, joueront également ce rôle cathartique.

A partir de 5/6 ans, l’enfant devient sociable et ses compétences logiques s’améliorent nettement, il va entrer vers 7/8 ans dans une période d’apprentissage et de curiosité élevée. Ses nouvelles compétences langagières, sociales et logiques, lui permettent d’expérimenter avec plaisir le jeu de société, de plus en plus complexe au fur et à mesure de sa croissance.

A l’adolescence, le passage vers le monde adulte est compliqué, la vie sociale et l’estime de soi sont mises à mal, le corps change subitement. L’adolescent va se servir à son tour du jeu afin de se sécuriser et de se construire sa vie d’adulte : il va tester ses nouvelles capacités dans les jeux sportifs et la compétition, il va rentrer dans des rôles et expérimenter des situations sociales à travers le jeu vidéo.

Si à certains âges apparaissent des habilités permettant certains jeux, nombre de jeux sont au contraire adaptables aux niveaux de compétence de l’enfant : ce sont les jeux d’assemblage et les jeux vidéo. Ils sont possibles dès la petite enfance mais ne se joueront pas de la même manière.

Enfin, n’oubliez pas une chose importante : si il y a un âge minimum pour faire certains jeux, il n’y a pas d’âge maximum pour les pratiquer ! Un enfant de 3 ans n’est pas apte à faire un jeu de société mais un enfant de 8 ans se fera souvent un plaisir de manipuler un jouet soi-disant « pour petit ».
Qui n’a pas rêvé en tant qu’adulte de plonger dans une piscine à boules géantes ? N’aimons-nous pas festoyer avec nos amis dans des soirées costumées ? Les aimants, balles antistress, stylos… que nous manipulons à longueur de journée ne sont-ils pas autre chose que des hochets pour adultes ?
Jouer c’est parfois se ressourcer avec un support facile faisant appel à une aptitude acquise depuis longtemps… D’ailleurs, les arts et les sports, à y regarder de près, ne sont-ils pas des pratiques ludiques adultes socialisées et institutionnalisées ?

La bonne offre ludique pour ses enfants sera donc celle qui prend aussi en compte les jeux des âges précédents !
Pour certains psychologues, comme Winnicott, jouer répond toujours à une préoccupation de l’individu : ainsi l’enfant s’harmonise avec le réel en jouant à la poupée, l’adulte plus souvent trouve son équilibre dans les arts ou le sport.

Et la personne vieillissante ? Elle peut souvent renouer avec le jeu tant sa pratique est facile d’accès et autonome. Quand les arts et le sport ne sont plus pratiqués, le jeu reste abordable et source de plaisir, plaisir de l’âme : le jeu est une thérapie en soi, comme disait Winnicott.

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